• Annie Boyer-Labrouche

Covid 19: un été suspendu

Nous sommes tous suspendus à un avenir incertain. Plane une menace impossible à réellement identifier, dont nous serions d'une certaine façon responsables, et pour laquelle nous n'avons pas les outils de combat, si ce n'est de mettre un masque et de ne pas s'approcher des autres, tout ce que nous ne désirons pas et tout ce qui nous fait peur. Nous sommes orphelins d'une mère rassurante. Nous sommes des milliards d'humains dans la même situation et pourtant chacun, seul.




Plus de 17 000 000 de personnes infectées par une particule infectieuse microscopique et presque 700 000 morts. Nous sommes en train de vivre une épreuve collective et nous manquons de tout, en particulier de mère pour nous rassurer. Nous ne savons presque rien de ce qui se passe. Qui est vraiment ce virus? D'où vient-il? Quel mal va-t-il nous faire? Va-t-il s'en aller? Ne pouvons-nous pas le chasser? Il nous colle comme un scotch sur la peau. Il s'attaque aux relations: internationales, interhumaines, intrafamiliales. Il réveille les peurs archaïques, modifie les valeurs jusqu'aux rites funéraires. Il accentue les dérèglements de la société. Il aggrave les inégalités sociales et intergénérationnelles. Il rend les puissants du numérique plus puissants, les riches plus riches, les autoritarismes plus autoritaires, les confus plus confus. Il crée un gouffre économique qui va laisser des millions de gens sur le carreau, dans les domaines les plus humains qui touchent à la convivialité et la culture. 


C'est un virus politique. 


Cette crise exceptionnelle nous interroge sur les questions éthiques- qui soigner, qui mettre en priorité, comment gérer la mort - les questions politiques - la légitimité, l'autorité, le rapport au peuple - sur le pouvoir de l'état - vertical ou horizontal.


Cette crise nous interroge sur le savoir. Ce qui est su aujourd'hui n'est pas suffisant pour gérer médicalement l'épidémie. Les caractéristiques de ce virus très sournois, renforcent la difficulté à le repérer et le combattre. Il est très contagieux et le nombre très important de sujets asymptomatiques entraîne une propagation massive et rapide des contaminations, créant en quelques semaines une pandémie. Les médecins sont confrontés à une situation complètement nouvelle: symptômes découverts au fur et à mesure des cas, séquelles inconnues, pas de traitement dédié, pas de vaccin. On ne connaît pas l'histoire de ce coronavirus, sa genèse, son avenir, ses mutations. Cette situation inédite met en lumière les incohérences et les querelles  des experts médicaux, ce qui ne renforce pas la confiance.


Ca flotte, comme si c'était inconcevable et insoutenable. La brutalité avec laquelle le Covid-19  s'est répandu à travers le monde a créé un traumatisme psychique planétaire. 

La solution trouvée a été le confinement, comme dans l'ancien temps. La mise en quarantaine avait pour but de limiter la propagation des maladies épidémiques. Bien que les bactéries et les virus ne fussent pas connus, les hommes avaient compris qu'il s'agissait d'un mal qui se transmettait d'individu à individu et qui pouvait être amené de pays lointains. De façon intuitive, on mettait en quarantaine les marins et on gardait sous clés les cargaisons des bateaux accostant dans les ports français. Cela ne réussit pas toujours, surtout si la loi est enfreinte. Ainsi, en 1720, la peste tua à Marseille une bonne partie de la population, les règlements n'ayant pas été respectés et les marchandises vite déchargées pour être vendues dans les foires. Économie et circulation, les deux préalables aux pandémies. Le lazaret de l'île de Mezu Mare, pentagone construit en 1802, abritait des locaux destinés à la quarantaine des pêcheurs de corail corses qui revenaient d'Afrique du Nord. Sur ce site, la quarantaine était organisée pour éviter la propagation de la peste, du choléra et la fièvre de Malte.

C'est donc le confinement de la population entière qui a été décidé dans notre pays, comme dans beaucoup d'autres, seul moyen de limiter la propagation du virus. Le monde entier est pris dans cette tourmente. L'homme ne croit que ce qu'il voit et est victime de biais cognitifs qui l'empêchent de voir la réalité en face. "L'épidémie est ailleurs; elle n'arrivera pas chez nous; c'est une grippette". Ce déni a entraîné une précipitation et des décisions à la fois radicales et confuses. Il fallut rester chez soi pendant de longues semaines et mettre l'économie à l'arrêt.


A l'échelle du monde, l'épidémie de Covid-19 progresse. On a identifié le génome du SARS-CoV-2, qui appartient à la famille des coronavirus et est un virus ARN. On sait que les virus existent depuis la nuit des temps et cohabitent avec l'espèce humaine. Ils se répliquent en pénétrant dans une cellule et en utilisant sa machinerie cellulaire. Ils pratiquent une forme très élaborée de parasitisme. Ce sont des particules infectieuses dont les gènes sont enfermés dans une coque protéique. La porte d'entrée de la cellule humaine est franchie grâce à la spicule du coronavirus. La cellule va mourir. Ainsi, le virus est une structure biologique qui appartient au monde du vivant ou biosphère, dont le seul but est de se répliquer.


On ne sait pas d'où vient ce nouveau coronavirus. Des laboratoires de recherche concernant les virus ont été créés pour les étudier et sont très protégés car ils hébergent des virus très dangereux. La France a participé à la création du laboratoire de niveau P4 de Wuhan. Les recherches se font à partir des virus existants, humains et animaux. Il y a normalement une barrière des espèces. Il y aurait dans certains cas des hôtes intermédiaires. D'où l'histoire des pangolins et des marchés d'animaux vivants où, non seulement les animaux sont maltraités, mais peuvent devenir des nids viraux dangereux pour l'homme. Il est probablement possible de travailler sur des recombinaisons. Où en est-on vraiment?


Dans notre pays, c'est plutôt la confusion. Après la sidération et la peur, on met beaucoup de temps pour imposer ce maudit masque. Il a manqué, il a été dénigré. Maintenant qu'il fait un temps caniculaire, on va le rendre obligatoire. Le masque est un symptôme angoissant de cette ère du coronavirus et restera le mythe de cette période, surtout si cette épidémie perdure et continue de changer les paradigmes.


Le plus grave est probablement le choc générationnel qui laissera des traces pendant très longtemps: les jeunes pour les vieux. Comme les porteurs sont asymptomatiques, qu'il existe des super-contaminateurs et que les personne plus âgées peuvent faire des formes graves, c'est la triple peine pour les jeunes: interdits de sortie, affectés dans leurs études et l'entrée dans le monde du travail, responsables des transmissions.


Au niveau individuel, c'est le réveil des peurs archaïques, avec l'apparition de phobies ou de provocations et la flambée de problématiques psychologiques, voire psychiatriques. Si tu es malade, tu es interdit de visites. Si tu meurs, tu meurs seul et tu es presque seul à ton enterrement; Si tu as attrapé le covid-19 et que tu as des symptômes, tous tes organes peuvent être atteints et détruits; si ce n'est par le virus, c'est par la réaction immunitaire disproportionnée, l'orage cytokinique. Si tu es jeune et en bonne santé, tu peux avoir des séquelles encore mal identifiées avec des douleurs épouvantables au cœur et aux poumons, un essoufflement, une fatigue extrême. On ne connaît pas encore cette maladie, qui, certes a une entrée respiratoire, mais peut attaquer tous les organes, créant des vascularites et des embolies.


En conclusion, ce virus s'est donné un rôle politique. Il aggrave tous les dysfonctionnements et met en lumière les autoritarismes et les perversions des nations. Pendant que se déroule l'épidémie, les états continuent leurs guerres et prédations. Les autoritarismes se renforcent. Les luttes expansionnistes perdurent, les forêts brûlent. Les tendances à la déshumanisation sont visiblement un risque, tel l'éloignement de la mort qui serait confiée à des professionnels. Le contrôle et  la surveillance des individus s'accentuent. L'emprise du numérique se renforce. Cependant, des prises de conscience individuelles fleurissent: moins de besoins, plus de Mère Nature. Mais la raison du plus fort...


La bonne nouvelle est que la société des flamants roses, en particulier en Camargue, connaît un baby-boom. L'humain confiné, l'oiseau a eu toute latitude pour s'accoupler et se reproduire. Le Phoenicopterus roseus, dans les étangs, a augmenté sa population de façon conséquente, après la ponte de l'oeuf couvé alternativement par le mâle et la femelle, ce qui donne "l'oisillon confinement".


Bel été

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