• Annie Boyer-Labrouche

Le pouvoir médical, la loi et le politique


Les relations entre le pouvoir médical et ce que régit le politique en matière de santé, sont complexes, ambivalentes et mal définies. Qu'est-ce que le pouvoir médical? Michel Foucault usait de cette notion dans ses cours au Collège de France. Le pouvoir médical est une autorité; le cadre sur lequel s'appuie cette autorité est le Code de déontologie médicale, au cœur de la relation médecin-malade. N'empêche que les énoncés descriptifs des médecins sont des ordres, parfois en contradiction avec la pudeur et la souffrance du malade. L'autorité du pouvoir médical est fondée sur la connaissance; il y a un sachant et un ignorant concerné. L'autre axe de ce pouvoir est la confiance puisque le malade confie son corps, sa guérison, sa mort éventuelle au médecin. L'histoire de la médecine et la philosophie ont pour fonction de tempérer la violence de cette relation d'emprise, en introduisant la morale, l'éthique et la sagesse.

En période de crise, le pouvoir politique se confronte au pouvoir médical, son rôle étant d'assurer le fonctionnement du système de soin en prenant la responsabilité des raisons économiques et sanitaires.

La pandémie a fracassé le système, tout simplement parce que le pouvoir médical n'est plus invincible, car il perd, devant l'inconnu sanitaire engendré par la propagation du Covid-19, la fonction de sachant. C'est d'ailleurs pour cette raison que certains médecins ont crié haut et fort: "moi, je soigne". L'impuissance devant cet inconnu était insupportable. Il fallait à tout prix trouver une solution. Des brèches se sont ouvertes, le politique devant assumer les contraintes sanitaires, économiques et sociales. Ainsi, outre la confusion immédiatement créée, les dérives n'ont plus de garde-fous: médicalisation de la vie de tous les citoyens et de la mort, disparition du colloque singulier, droits du malade bafoués, ces faits induits par la contagiosité du SARS-CoV-2 pouvant conduire à une dictature sanitaire. C'est la loi qui doit faire barrière: droit des patients, protection des libertés individuelles, respect du colloque singulier, droits des soignants, garantis par les Codes de déontologie.

Faisons le point sur la pandémie de Covid-19 après les vacances et en cette rentrée. Elle suit son cours en France et dans le monde et la cacophonie est toujours aussi criante autour de ce virus politique. On retrouve, de façon exacerbée, la confusion créée par l'arrivée du SARS-CoV-2. Tout d'abord, l'information et l'impréparation. Les biais cognitifs habituels et bien connus, font que, face à l'inconnu d'un nouveau virus, déni et peur s'activent et fonctionnent ensemble. Le déni paralyse. La peur inhibe ou crée de l'agitation. Bien que nous ayons connu une première période, disons de février à septembre, de confrontation directe avec le coronavirus, nous nous trouvons dès le début de cette deuxième période, dans la même confusion. Les défauts de l'impréparation ne sont pas corrigés et nous bricolons. Il y a toujours l'inconnu et le virus est toujours politique. Les gros problèmes, outre les facteurs d'ordre psychologique, se trouvent au niveau de l'information, de la logistique et de l'organisation, donc de la gouvernance, et sont inclus dans les problématiques politiques et le rapport à la loi. Nous continuons donc à tâtonner, autour du même objet.

Il faut arriver à savoir comment évolue cette épidémie. Les grandes lignes ont été comprises. Se protéger avec les gestes barrières et le masque. Être vigilant dans les lieux clos. Tester et isoler, dans le cadre d'une organisation très rigoureuse pour limiter la propagation du virus et mieux appréhender les contours de l'épidémie. Tous les cas symptomatiques devraient être strictement repérés et isolés selon le principe du lazaret. Confier ce travail aux soignants.


Même configuration pour les traitements. Le pouvoir médical apparaît dans son ambivalence et ses rivalités. Soin et politique se sont allègrement mêlés. Aux médecins de faire la feuille de route, aux politiques, la logistique. Après des débats de personnes et de lobbies autour de traitements anciens, la bonne nouvelle est que, même s'il n'y a pas de traitement spécifique pour tuer le virus, la maladie est mieux connue par les médecins qui sont sur le terrain; ainsi, les malades sont correctement pris en charge de façon symptomatique: mise sous oxygène au bon moment, anticoagulants contre les thromboses et corticoïdes contre l'orage cytokinique. Les recherches pour trouver un médicament antiviral spécifique doivent se faire tranquillement. Il en est de même pour le vaccin brandi comme un talisman. Les recherches doivent se faire selon les protocoles habituels.

Cette pandémie met en lumière l'intérêt pour le pouvoir médical qui devient un enjeu de puissance.

On retrouve les enjeux autour de ce virus dans la rivalité entre chercheurs, dans les luttes de suprématie entre les grandes puissances. Le virus peut être utilisé pour montrer sa force, asseoir son pouvoir, jouir d'un outil de propagande.

A d'autres niveaux, sans rapport direct avec la pandémie, il semblerait que prendre le pouvoir dans le domaine médical soit une grave tentation. Le prétexte est le soin et l'amélioration de la santé. De façon souterraine, le contrôle et la manipulation du vivant. Un rêve pour certains. Le cerveau de la truie Gertrude est aujourd'hui implanté. Bien entendu, c'est le cerveau qui est le plus intéressant. De soigner des maladies neuro-dégénératives, on peut passer très vite au désir de contrôler les pensées, engranger de la mémoire, implanter de l'intelligence artificielle (IA). Pour l'Inserm, l'IA est promise à un grand avenir, en particulier les applications pour améliorer la qualité des soins médicaux, grâce au recoupement des données (big data). Les tenants de l'IA forte visent à concevoir une machine capable de raisonner comme l'humain. L'IA faible cherche des technologies pour créer des machines capables d'aider les humains dans leurs tâches, par exemple aider des médecins à prendre des décisions. La France possède une des plus grandes bases de données de santé du monde, le SNIIRAM ( Système National d'Information Interrégimes de l'Assurance Maladie) créé en 1999. Les Français ne sont qu'usufruitiers de leurs données personnelles.

Deux bébés chinois de sexe féminin, puis un troisième sont nés avec des organismes génétiquement modifiés. Le but allégué est médical, les rendre invulnérables au Sida. Il faut savoir que leur père a le Sida et que l'intervention sur le génome pourrait augmenter certaines capacités cognitives. Les techniques actuelles permettent d'agir sur le génome, en particulier en faisant une coupure grâce au Crispr-Cas9, technique trouvée par deux chercheuses en 2012. C'est une technique simple, rapide et bon marché, un outil biotechnologique à la portée de tous. La voie d'entrée des Crispr pourrait se faire grâce à un vecteur viral. Le plan France médecine génomique 2025 a pour ambition de placer la France parmi les grands pays pratiquant ces techniques révolutionnaires aux formidables enjeux, cliniques, technologiques et économiques. Les objectifs sont, entre autres, le séquençage en routine du génome et la création d'une filière industrielle.

Les manipulations sur les génomes de tous les êtres vivants sont donc aujourd'hui possibles et plus ou moins connues. Ces données très inquiétantes doivent être débattues et faire l'objet de débats éthiques au niveau mondial.

Les progrès techniques permettent d'agir sur la matière et le vivant. Cependant, l'humain reste l'humain et n'est pas apte à traiter et contrôler les dérives qui le sortiraient de son humanité.


Personnellement, moi qui suis née dans une pharmacie, je préfère laisser les doux rêveurs et les méchants sorciers mettre leur argent à la colonisation d'autres planètes et laisser vivre tranquillement les bébés, les vaches, les truies et les virus.


Perrette et le pot au lait


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