Performance « Ex-voto » et « L’oratoire Saint-Rémi »
- Annie Boyer-Labrouche

- 31 août 2025
- 4 min de lecture

EX-VOTO
« Ex-voto » est une performance artistique qui va se dérouler sur plusieurs mois jusqu’à la fin de l’année. Sa genèse est en lien avec l’histoire du bâtiment où se trouve la cave-crypte dans laquelle aura lieu le dépôt des ex-voto pendant le temps de la performance.
Nous sommes dans le quartier des Carmes à Toulouse, 15 rue Saint-Rémésy. Faire déposer par moi-même dans la cave, lieu sacré, un ou des ex-voto créés avec intention.
Quelle que soit la forme, quel que soit le matériau, l’ex-voto est une offrande. Propitiatoire s’il est une demande, gratulatoire s’il est un remerciement, surérogatoire. L’ex-voto est un processus d’échange, un don et contre-don entre la divinité et le fidèle contractant. Il est un signe de reconnaissance dans un lieu vénéré. Il est un engagement spirituel. Il représente la gratitude du dédicant.
Tu amènes une intention et un objet. Le lieu dans lequel celui-ci est déposé est la caisse de résonance spirituelle et symbolique de ton intention.
Je vais faire moi-même dans ce lieu une installation appelée « Oratoire », qui rappelle l’histoire religieuse de la rue Saint-Rémésy, le lieu où sont déposés les ex-voto.
À la fin de la performance, des photographies de l’ensemble seront prises et diffusées sur mon blog. Les participants pourront reprendre leurs ex-voto et faire part de leurs ressentis après cette expérience.
C’est une proposition artistique autour de l’histoire religieuse, du symbolique, du don, du remerciement, du vœu, dans un lieu dont les murs en briques sont porteurs de la mémoire d’une histoire humaine. Et où l’eau joue un grand rôle puisque ces murs subissent régulièrement des écoulements qui ravagent la brique. Le rôle de l’eau est important. Les « murs qui pleurent » gardent une empreinte énergétique qui s’inscrit dans la matière. Un champ informationnel diffus impacte le lieu tout entier. La performance est en lien avec la mémoire émotionnelle et celle de l’eau porteuse de la mémoire historique du bâtiment. Le vieux sous-sol a hérité d’un passé douloureux pour les hommes. Il a par exemple été utilisé comme hôpital où des blessés étaient soignés en 1914.
« Un grand nombre d’êtres m’habitent à présent, les hommes à l’esprit droit dont j’ai partagé passion et quête, les femmes à l’âme élevée qui sont pour moi des envoyées du divin. »
Cheng François, Une nuit au cap de la chèvre, 2025, Albin Michel.
Afin de demander pardon à ceux qu’on a blessés par inconscience ou erreur.
« L’oratoire Saint-Rémi »
Je vais faire une installation qui représentera l’oratoire Saint-Rémi, autel qui se trouve dans la rue Saint-Rémésy, support d’un culte populaire.
Carriera Sant Remesi est l’une des plus vieilles rue de Toulouse. Son nom vient d’une chapelle qui se trouvait dans cette rue. Le sanctuaire aurait été bâti par l’évêque de Toulouse Germier au 7ème siècle. La rue est traversée par un égout enterré, galerie voûtée plein cintre, de la ville gallo-romaine de Tolosa. Des strates d’histoire.
Au Moyen Âge, c’est une rue de bouchers et charcutiers, appelés « mazeliers », et fréquentée par des prostituées. L’église Saint-Rémi est concédée aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Un cimetière est créé entre la rue Saint-Jean et la petite rue de la Dalbade. Des fouilles ont eu lieu récemment, permettant de voir les tombes ouvertes.
En 1494, un petit oratoire contenant la statue de Saint-Rémi est construit par les Hospitaliers à l’angle de la rue Saint-Rémésy et de la rue Saint-Jean. Avant qu’au XVIe siècle, les hommes de loi, les parlementaires et les Capitouls fassent construire leurs hôtels particuliers.
Qui dit « oratoire », dit miracle. Nous sommes dans un quartier religieux, situé entre l’église Notre-Dame-de-la Dalbade, le prieuré des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, séparés par un cloître, et le couvent des Carmes.
Le miracle
En 1496, à la fête de la Saint-Jean, une image du crucifix se met à suer et à pleurer, dans la chapelle Saint-Rémi. On mit un voile sur le crucifix et on le transporta dans le chœur de la cathédrale Saint-Étienne. L’image du crucifix est peinte sur du bois. Elle est placée sur un oratoire au coin des rues Saint-Jean et Saint-Rémésy. Il faut imaginer un mur orné de peintures et de statues de saints. L’oratoire est protégé par des grilles de bois et recouvert d’un auvent de planches. Cet oratoire a subsisté jusqu’en 1795. Un culte s’est instauré dans la rue Saint-Rémésy. Une table recouverte d’une nappe a été dressée dans la rue. Dessus, des cierges, un récipient en bois, une tête de cire marquée par la rogne (gale). Des lampes brûlent devant les images. Les aumônes étaient recueillies dans un tronc. À l’intérieur de l’oratoire, on trouve le crucifix, un autel en bois garni de deux nappes, d’une croix, d’une statue de Saint-Rémi, de cierges et d’ex-voto : main, tibia, tête de cire… Une lampe pend à une corde, une « capsa », boîte contenant un missel. Le dimanche, on célèbre jusqu’à dix messes et des processions passent devant l’oratoire. Nous notons que le lieu religieux est installé dans un quartier et une rue « profanes ». Le quartier est fréquenté par des prostituées. Des tanneurs préparent les peaux dans des eaux immondes, un maréchal-ferrant soigne les animaux malades en les purgeant et les saignant dans la rue. Il est rappelé que le Christ conversait avec les pécheurs et les prostituées, au plus près du peuple. Au total, un ensemble dévotionnel populaire : un mur orné de peintures et de statues dont celle de Saint-Rémi, qui joint l’église Saint-Jean à l’église de la Dalbade. C’est un décor monumental tout le long de la rue Saint-Rémésy, le complexe oratoire-table-tronc étant aménagé en 1494 autour d’un grand crucifix en bois peint. Après les inondations, après les incendies, après les épidémies, cet endroit connut une flambée de miracles thérapeutiques que l’on connaît par les ex-voto déposés. Un culte de plus de dix siècles, sur des supports légers, qui ne dépasse pas le quartier, porté par le Christ miraculeux qui « sue et qui pleure ».
Prière
« Viens, Esprit Saint Jésus, j’ai confiance en toi. Seigneur, océan d’amour et de bonté, fais que je ne craigne pas trop les tempêtes et les vents de ma vie quotidienne, et que je sache qu’il y a des flux et des reflux, mais que la mer reste la mer ».
Notes :
Saint-Rémi, évêque de Reims. Il baptisa Clovis à Noël, entre 496 et 506.
L’oratoire Saint-Rémi et les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Les miracles de 1496 à Toulouse. Michelle Fournié. Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t LXV (2005).




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